L’entreprise, cette tribu qui ne s’assume pas assez

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L’entreprise, cette tribu qui ne s’assume pas assez

L’entreprise est une tribu. L’étude Workplace/IFOP l’illustre avec beaucoup d’acuité. Nous en publions le compte-rendu ci-dessous. Menée auprès de 1.600 salariés, elle montre que plus de 80% des salariés travaillent désormais en open space… Mais cette évolution dans l’organisation du travail n’empêche pas une majorité de salariés de se sentir isolée. La relation en face-à-face est plébiscitée. Voici une parfaite illustration du caractère tribale de l’entreprise. L’entreprise n’est pas un lieu où coexistent des salariés interchangeables. C’est une communauté où une tribu affinitaire se construit. 

Comment comprendre que des salariés en open space se sentent isolés? Ce constat étrange ressort avec force du sondage Paris Workplace, qui en est à sa sixième édition. On y découvre que 82% des salariés travaillent en open space, méthode supposée lutter contre le cloisonnement au travail. Malgré tout, 60% des salariés se sentent isolés dans leur entreprise. 

Conclusion évidente: il ne suffit pas d’asseoir deux salariés dans le même bureau pour qu’ils construisent une relation de travail.

Le face-à-face plutôt que le mail pour une tribu heureuse

De façon plus révélatrice encore, les salariés s’expriment massivement en faveur de la relation en face-à-face plutôt que par mail ou par téléphone. 77% des salariés préfèrent échanger directement plutôt qu’en mettant la distance de l’écrit ou du combiné téléphonique entre leurs collègues et eux. C’est le triomphe de la relation inter-personnelle! 

On comprend ici que faire entreprise, ce n’est pas seulement travailler côte-à-côte. C’est construire ensemble une communauté bien réelle, tournée vers des objectifs et des réalisations où chacun prend sa part. Pour y parvenir, il faut tisser quotidiennement des relations directes, personnelles, de façon quasi-primitive: en se regardant, en étant présent l’un à l’autre. Au fond, une entreprise, c’est une communauté de sens composée d’individualités qui ont envie de se rencontrer pour échanger et de bâtir une forme de destin commun.

L’entreprise est peut-être affaire de profit, mais c’est aussi affaire d’affinités entre les acteurs d’un projet. 

L’entreprise comme construction d’une tribu

De façon là encore significative, la première raison donnée par les personnes interrogées sur leurs motivations d’aller au travail est de participer à une vie sociale. 42% des salariés donnent cet argument comme premier mobile pour aller travailler. Sur les 5 raisons les plus souvent citées, quatre ont trait à la participation à une vie collective, et particulièrement au sentiment d’appartenir à une équipe, à un collectif.

On pourrait dire qu’il s’agit là de la fonction tribale de l’entreprise.

Très longtemps, la pensée dominante a réduit l’entreprise aux simples rapports de production: le salarié était un travailleur exploité, spolié, une victime du capitalisme privé de son libre arbitre, empêtré dans un rapport de domination. Il n’était pas, dans cette conception marxiste, question d’autre chose que de contrainte et de soumission forcée.

Réflexion faite, l’entreprise apparaît sous un autre jour. Elle est un espace où la communauté de travail exprime sans état d’âme son désir d’être ensemble et d’éprouver un destin commun. Le bureau n’est pas, ou pas seulement, un lieu de domination. C’est aussi un lieu que l’on choisit pour se réaliser.

La délicate question du stress

Dans cet ensemble, l’irénisme ou l’angélisme seraient évidemment des erreurs de fond. Si l’entreprise permet aux salariés de se construire dans le regard des autres, elle les expose aussi à des tensions, à des pratiques managériales qui favorisent la solitude, l’isolement et souvent la peur. 

Là encore, l’étude Workplace montre que les salariés qui ont entre 3 et 10 contacts professionnels par jour sont beaucoup moins exposés à des tensions que les autres. Ce volume d’échange semble le plus satisfaisant pour concilier besoin affinitaire d’être ensemble et autonomie au travail. 

En-deçà ou au-delà de ce volume, le stress pointe le bout de son nez.

Penser la fonction tribale de l’entreprise

Progressivement, les vieux habits de l’analyse marxiste, qui pensait l’entreprise comme un lieu de confrontation, cèdent la place à une autre vision où l’entreprise devient un lieu affinitaire. Toute la difficulté est d’adapter le management à ce besoin, à cette attente. Trop souvent, la besoin affinitaire, voire affectif, qui est l’un des moteurs de l’entreprise, est perçu par le management comme un gadget inutile, une perte de temps. 

Toute la tâche aujourd’hui de l’accompagnement de l’entreprise consiste à intégrer cette fonction tribale dans la compréhension même du fait collectif.

2 réponses

  1. Lionel BEDON dit :

    eh oui c’est ce que je pense alors
    qu’on m’a expliqué depuis 20 ans que ma conception du management était dépassée …sauf que depuis 20 ans si on a compris bien heureusement que l’ analyse marxiste était sans issue on l’ a remplacé par bien pire : la pensée unique et la déresponsabilisation avec comme outil une nouvelle forme de taylorisation des services

  2. Maffesoli dit :

    Puis-je vous conseiller la lecture d’un livre paru en 1988: M.Maffesoli: Le temps des tribus.
    La 4em édition de poche ( Ed de La table Ronde) vient de paraître ( 18 avril)

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